Si 1997 semble bien être l'année qui marque le début de l'aventure du groupe, il faut remonter bien avant cela pour comprendre l'originalité, l'aspect " inclassable " de ce trio infernal...
C'est plutôt sur ce surprenant effet boule de neige de trois personnalités atypiques se rencontrant le long d'un couloir de lycée, au détour d'une rue, au comptoir d'un bar, qu'il faut s'attarder pour saisir leur richesse artistique.
Des petites anecdotes pour situer le cépage ? Bon, c'est vrai que l'on a du mal à imaginer Nikus Pokus en Petit chanteur à la Croix de Bois (avec un passage à Bercy s'il vous plait), ou encore travaillant ses gammes au piano, principal compositeur des chansons du groupe, on ne regrette pas qu'il ait préféré malgré tout ses cours de musique à ceux de tennis ! De son côté, Gérard Baste mettait le pied dans la création et expression artistique lui aussi en s'adonnant très tôt au " Graff "...Quand à Mr. Xavier, en dehors de ces timides notes au saxo, la musique le titillait déjà bien avant la création des Svinkels. Du haut de ses 14 ans, faisant partie des anciens groupes THC (Funk) et Bubars, le gaillard commençait déjà à tâter le terrain... Juxtaposition d'un ensemble d'influences et de belles personnalités, Les Svinkels vont très vite réussir développer un sens artistique hors du commun.
Quand au nom du groupe ? Son origine est aussi étonnante et drôle que ces trois lascars. En effet, avant même de s'enivrer de musique, Gérard Baste attendait Nikus Pokus à la sortie du lycée des bières (dites " de luxe ") plein les poches... Les fameuses " binouses " pas chères du Franprix du coin ne les quittant plus, leur entourage ne tarda pas à leur imposer un nom dérivé du " succulent " breuvage, alors servi sur un plateau, Les Svinkels ! Tout simplement... Amusés par cette image de marque, quelques textes sont nés de ce pseudonyme... et ça plaît ! Encouragés par leurs proches et très vite rejoint par Mr. Xavier (séduit évidemment par l'aventure), ce sont des textes à la fois décalés et lettrés qui vont couler à flot. Ces jeux de mots déversés sur des rythmes qui coulent, qui crachent et qui émoustillent seront sans tarder mixés et harmonisés par Fred Lansac aux platines en un premier temps.
" Alcootest " (1997) premier titre sur la compilation " Police " laisse, tel le dépôt d'un bon vin sur le verre, une première trace. Remarqué alors, Delabel signe le groupe. Ils sabrent leur premier disque " Juste fais la ! " (1997) dans la foulée. On déguste, on découvre, on tente de définir... : Prenez un bon rap assaisonné, rajoutez-y une pincée de rock, saupoudré d'un punk mariné, laissez mijoter le tout...savourez... vous goûtez aux Svinkels !! LE groupe qui a imposé une alternative, le chaînon manquant de ces genres musicaux. Tandis que des titres comme Le Volga ou L'odeur viennent nous allécher, on sent aussi que le Cereal Killer sévit déjà ...le gang Svinkels est bel et bien implanté !
1999, " Tapis Rouge " : il fallait marquer la fin du millénaire ! Les Svinkels révèlent ici un pouvoir tonique supérieur à celui de leurs collègues. " Front contre Front " est un de ces titres où le groupe s'engage toujours davantage dans l'espoir secret que cela " Réveille le Punk " qui est en vous ! Les textes sont, en effet, explicites et percutants certes, mais ce qui fait la force de leur " mise en bouche " est, avant tout, un pouvoir linguistique que le répertoire français avait encore rarement produit sur telle mélodie ! Ce que, très paradoxalement, certains se sont amusés à définir comme du " Bobby Lapointe version Beastie Boys "...association assurément surprenante !
La formule commence à prendre de la bouteille, les Svinkels deviennent un phénomène... " Bois mes paroles " (2000) confirme la naissance de ce que l'on peut baptiser " hip-hop de comptoir " ou " crade-core " (comme ces joyeux lurons se plaisent à le qualifier), confirmation d' un genre nouveau.
Sur scène, une énergie orgiaque se dégage de ces cow-boys aux moult pitreries, aux cascades verbales aussi drôles qu'inattendues, aussi époustouflantes dans l'épouvante qu' admirables dans l'inénarrable ! Avec plus de 150 dates à leur actif dont plusieurs premières parties de Matmatah et de Sergent Garcia, un Live à NPA sur Canal + en 1999, un passage aux Transmusicales ou encore à l'Appartement d'Ariel Wizman... ; Les Svinkels se plaisent à déchaîner les foules qui le leur rendent bien !
2002, gentiment "remercié" par Delabel, le groupe s'est accordé une petite pause créative partagée avec DJ Pone (Champion de France, Champion d'Europe et Champion du Monde par équipe !) désormais aux platines...
Et aujourd'hui, après de récentes collaborations avec TTC mais aussi avec Parabellum, le prochain album de ce groupuscule se finalise et cela risque à nouveau de nous mitrailler de vérités vicieuses. Les Svinkels repassent dans la phase active de ce qui les anime. Et derrière cette façade immaculée de déjections diverses ce sont de nouveaux titres bourrés d'astuces à l'esprit rabelaisiens qui vont frapper une nouvelle fois la société franchouillarde... et il fait bon d'entendre ce genre de textes par ces temps moroses !
" Bon pour l'asile " ( réalisé et mixé par Daniel Presley) devrait en être le titre, ce qui situe bien le cépage ! Vous y dégusterez des feintes, paroles et esquives pour le moins inattendues... Hard amat' ou encore Plutôt mourir voilà des titres qui en disent long sur la portée comico-idéolologique des chansons de ce nouvel album et de leurs auteurs ! Un peu de patience... ils remettent ça ! Au plaisir de vous laissez une nouvelle fois enivrer en goûtant au nouveau cru des Svinkels !